[VMworld jour 0] « Something big is going to happen »

Dicton du jour : « en été, VMware ne fait jamais les choses à moitié». L’an dernier, c’était le changement du mode de licencing de vSphere 5.0 – baptisé par ses détracteurs vTax- qui avait déclenché une avalanche de critiques de la part de beaucoup de clients, mécontents d’avoir à payer trop cher pour leur virtualisation. Cette année, rien d’aussi négatif au contraire, mais une flopée d’annonces qui préfigurent une véritable transformation à venir. Exciting ! Jugez plutôt. C’est à la fois le départ annoncé du CEO Paul Maritz, remplacé par Pat Gelsinger le CTO de EMC, combiné avec des résultats significatifs et un rachat totalement stratégique qui ont réveillé la routine de la trêve estivale.

Et ce n’est pas fini. Nous ne sommes qu’à quelques heures de l’ouverture du show annuel VMworld 2012 à San Francisco, qui s’annonce comme une édition charnière dans l’histoire de la société. Sur le site de VMworld, Rick Jackson, le CMO (Directeur Marketing) distille le changement depuis quelques semaines : « «Something big is about to happen..)

Et la grande tendance de cette fin d’Août pourrait bien être le «Software Defined Datacenter», ou, en résumant grossièrement, la virtualisation globale du datacenter.

CE QUI S’EST PASSE DURANT L’ETE

Essayons d’y voir un peu plus clair. Remontons donc la timeline des événements de l’été, et tentons de faire marcher notre boule de cristal afin de pronostiquer sur les annonces à venir.

Maritz part de son plein gré

Paul Maritz quitte donc la direction de VMware au 1er septembre, fonction qu’il occupe depuis 2008. C’est en compagnie de Joe Tucci, grand patron de EMC, maison mère de VMware, et de son successeur, qu’il a tenu à annoncer la nouvelle mi-Juillet, lors d’une conférence de presse. J’avoue, au premier abord, je n’ai pas pu m’empêcher de penser au départ brutal en 2008 de Diane Greene, co-fondatrice de VMware, lorsqu’il y eut «désaccord» avec Joe Tucci et le conseil d’administration.

Paul Maritz pouvait-il mi-juillet dernier se trouver dans une situation similaire ? Non. Il semble que cette fois-ci, l’histoire ait été différente. Les résultats trimestriels, malgré une période difficile, et quelques angoisses, restent bons avec une croissance du CA de 22%. Paul Maritz raconte en effet que c’est lui qui a pris l’initiative d’aller parler de son remplacement auprès de son patron. « J’ai appris tout au long de ma carrière lorsqu’il est temps de changer pour rester en position de force, et jouer sur de nouveaux marchés». De son côté Joe Tucci assure que « Paul est venu me voir il y a quelques mois pour me dire que Pat Gelsinger serait l’homme parfait pour amener VMware au niveau supérieur. Et j’étais d’accord». Maritz ne se sentait-il plus à la hauteur pour assurer cette mission, ou avait-il tout simplement envie d’autre chose ? Peut-être un peu des deux.

Lors de la conférence de presse mi-juillet, Maritz a assuré « rester au « board » de VMware, et prendre une nouvelle position aux côtés de l’équipe de Joe Tucci pour travailler sur de nouvelles fondations de l’infrastructure Cloud : big data et les nouvelles applications».

L’avenir nous dira ce qu’il deviendra. Certains, comme mon ami Olivier Parcollet, DSI adjoint à la SETAO et co-leader du VMUG français, parient même qu’il pourrait prochainement, prendre la tête de EMC, Joe Tucci étant à deux doigts de la retraite…

Quoiqu’il en soit, pour lui, les applications ont toujours été au centre. L’infrastructure un peu moins. A l’heure où les deux sont toujours cruciaux, peut-être a-t-il préféré se concentrer sur le développement et laisser le reste à Pat Gelsinger, un véritable passionné d’infrastructure.

Gelsinger doit mener VMware vers le Software Designed Datacenter

Je dois dire cependant que l’annonce de l’arrivée de Pat Gelsinger aux commandes de VMware m’a totalement réjouie. Pour avoir eu la chance de le rencontrer, lorsqu’il était encore chez Intel, puis une autre fois lorsqu’il était CTO chez EMC, j’ai envie de dire… c’est du lourd.

Charismatique, extrêmement pointu techniquement sur toutes les questions qui touchent aux processeurs, serveurs, stockage et postes de travail, il pourrait effectivement apporter beaucoup à l’entreprise, et redonner ce je ne sais quoi qui manquait cruellement l’an dernier. C’est un passionné qui a aussi une solide expérience en management. Selon Maritz, il serait d’ailleurs le seul à avoir tout en main pour pouvoir amener VMware encore plus loin et mettre en marche le «Software Designed Datacenter».

C’est en effet dans ce concept que tout va se jouer, si l’on en croit à la fois Joe Tucci et Paul Maritz qui ont donné les premières clés de cette future stratégie lors de la conférence de presse. Ce serait, selon eux, «the next major leap» – la prochaine évolution majeure – dans le voyage vers le Cloud. « Il devient possible de capitaliser sur nos acquis pour devenir le leader dans la construction d’un logiciel complet de datacenter (calcul, stockage, réseau et sécurité), capable de fournir une architecture réellement taillée pour le Cloud, capable aussi de supporter aussi bien les applications existantes que les nouvelles, conçues pour fonctionner sur de multiples terminaux ».

Nicira, première étape

En cela, le rachat de Nicira annoncé cet été pour la coquette somme de 1,2 milliards de dollars est une première étape importante. Pourquoi ? «Nous allons pouvoir faire la même chose pour les réseaux que nous avons fait pour les serveurs et le stockage» a résumé le CTO Steve Herrod dans un billet de blog. Nicira est en effet une start-up (notamment co-financée par Diane Greene) que certains avaient baptisé «le VMware des réseaux».

Le logiciel de Nicira (dit de Software Defined Network) virtualise le réseau en découplant la vue logique de son implémentation physique. Il crée une couche d’abstraction entre les serveurs et le réseau, et isole les réseaux virtuels devenant ainsi un «pool de ressources réseau».Il devient possible de virtualiser des dizaines de milliers de réseaux virtuels de manière simple.

A noter, la plateforme de virtualisation de Nicira, Open vSwitch a l’avantage d’être Open Source, et fonctionne avec de multiples hyperviseurs et environnements Cloud. Via l’Open vSwitch Community, beaucoup de contributeurs ont participé à l’évolution de cette technologie. Nicira apporte d’ailleurs déjà de la valeur à OpenStack, CloudStack… et VMware ne compte rien changer à cela. Mieux, VMware compterait même rejoindre OpenStack, si l’on en croit un post sur le Wiki officiel et révélée par GigaOm. Une nouvelle qui va faire grand bruit si elle se confirme….

Comment Open vSwitch va s’inscrire dans le portfolio de VMware ? La question se pose. L’éditeur dispose déjà vCloud Director Networking, vShield, et collabore au protocole VXLAN. « Cette acquisition étend notre savoir-faire, avec une suite de virtualisation, depuis le niveau 3 jusqu’au niveau 7 des couches OSI. C’est complémentaire, et nous allons continuer à travailler étroitement avec nos partenaires de l’écosystème, comme Cisco…». Reste à savoir ce que ce dernier pense de cette acquisition…

Quoi qu’il en soit, Steve Herrod est ravi de ce nouveau challenge, et se sent «comme aux débuts de VMware». Il est vrai que ces annonces redonnent un coup de fouet à l’éditeur. Elle me redonne en tous les cas cette sensation que j’avais eue en 2004 d’assister à quelque chose de majeur, sans pour autant être capable de mesurer encore son ampleur…

Boule de cristal & VMworld 2012

vSphere 5.1 & nouveau vCloud

Ce soir à San Francisco, se tiendra le premier keynote mené par Paul Maritz, qui fera probablement ses adieux, et Pat Gelsinger, qui donnera aussi probablement le ton de l’année à venir. Bien entendu, le CTO Steve Herrod sera aussi là pour dévoiler les nombreuses innovations à venir. Quelques informations issues de bloggers déjà sur place commencent néanmoins à filtrer. La mouture vSphere 5.1 pourrait être en effet annoncée. Bien que VMware n’ait encore rien laissé filtrer sur ce point, un livre blanc signé Emulex fait déjà le buzz, puisqu’il dévoile certaines spécificités de la plateforme 5.1, notamment le support de 64 CPU virtuels, le support du Fibre Channel 16 Go, une nouvelle fonctionnalité pour la mesure de la latence des i/O pour le stockage (VMobservedLatency) ou un stockage plus efficace. Bien entendu, ce n’est qu’une faible partie de cette nouvelle mouture, VMware nous ayant habitué à plusieurs dizaines, voir centaines de nouveautés à chaque nouvelle version.

Plus de vTax !

Un peu comme lorsqu’un nouveau président prend une décision pour faire plaisir à ses élus et pour se démarquer de son prédécesseur, VMware annoncerait aussi cette semaine la suppression de son modèle de licencing à la vRAM, que ses détracteurs avaient appelé vTax. Alléluia ! Malgré les efforts passés l’an dernier pour prouver que cette nouvelle tarification n’avait rien de négatif et était nécessaire dans une approche Cloud, VMware semble ainsi capituler. Est-ce pour redonner confiance à ses clients ? Beaucoup, avait profité de ce mauvais buzz pour annoncer leur départ vers la concurrence… La vTax avait d’ailleurs toute l’année fait les choux gras de Microsoft, qui en a profité allègrement, à grand renforts de livre blancs pour convaincre du bas coût de ses solutions pour bâtir un Cloud, face à VMware. L’info a en tous les cas filtré via CRN. Il semblerait que VMware va aussi annoncer une nouvelle suite pour le Cloud, vCloud Suite, qui regroupera tous les outils nécessaires à la construction d’un Cloud Hybride. Le management de ces nouvelles infrastructures devrait être lui, aussi à la hauteur.

Dès demain, nous serons fixés. Stay tuned !

ZDNet