Une pétition pour dégrouper le Cloud Souverain français

Une pétition à l’initiative des entreprises Alter Way, Gandi, IELO / Lost-Oasis, If Research, Nexedi, ViFiB et des associations ADULLACT et AFUL a été mise en ligne il y a deux jours. Elle est adressée à Fleur Pellerin, Ministre déléguée auprès du ministre du Redressement productif, chargée des Petites et Moyennes Entreprises, de l’Innovation et de l’Economie numérique.

L’objet ? « Demander à l’état d’intervenir afin que les infrastructures de Cloud Souverain français soient dégroupées afin que tout opérateur puisse accéder aux bâtiments et équipements (serveurs, réseau, stockage) afin d’y déployer son propre logiciel de gestion de Cloud dans l’objectif d’offrir au marché des offres alternatives permettant à la fois de protéger les intérêts des consommateurs, l’innovation et la libre concurrence».

Les auteurs invoquent le préambule de la constitution française qui stipule que « Tout bien, toute entreprise, dont l’exploitation a ou acquiert les caractères d’un service public national ou d’un monopole de fait, doit devenir la propriété de la collectivité». Concrètement, pour eux, le dégroupage du Cloud est proche de celui de l’ADSL. Il consiste à donner accès directement aux bâtiments et aux serveurs des Cloud souverains pour permettre à un opérateur concurrent d’y déployer son propre logiciel et d’offrir ainsi au marché une alternative afin de protéger les intérêts des consommateurs, l’innovation et la libre concurrence.

Dans un billet de blog, Maurice Ronai, Chercheur à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) avait en fait déjà évoqué cette idée en octobre dernier. «Maintenant que l’État a financé deux infrastructures Cloud (en espérant qu’elles seront robustes), la question du dégroupage de ces infrastructures souveraines, ce bien public largement financé sur fonds publics mérite d’être posée». Pour lui, dans ce cas, « les deux opérateurs devraient publier des tarifs d’interconnexion à cette infra, et s’imposer le respect de ces tarifs à eux-mêmes quand ils agissent en tant que revendeurs de ces capacités, et quand il l’utilisent pour leurs besoins propres ». Maurice Ronai rappelle d’ailleurs le parallèle avec l’ADSL, qui a permis à des acteurs comme Free de se développer et à l’ADSL français d’être compétitif.

La question du dégroupage, si elle est intéressante, va probablement soulever de nombreuses autres questions. Faudra-t-il par exemple une Autorité de Régulation des Clouds ? Qui sera éligible au dégroupage ? Sur quels critères ?

Mais certes, on en est pas encore là. Soyons francs. Comment dégrouper une infrastructure qui n’existe pas encore ? N’est-ce pas encore un peu tôt pour y penser ? Attendons de voir si infrastructure à dégrouper, il y aura.

Le Cloud Souverain toujours aussi controversé

Cette pétition est aussi le signe que la controverse est loin d’être terminée. Pour la plupart des acteurs français du Cloud, les 285 millions d’euros d’argent publics investis dans seulement deux entités créées de toutes pièces, CloudWatt et Numergy, restent un scandale, alors que de nombreuses initiatives plus mûres existent depuis plusieurs années sur le territoire. L’Etat a préféré privilégier des Clouds « champions » plutôt que de miser sur la diversité. Et il est vrai que pour l’instant, côté Numergy et CloudWatt, rien de réellement tangible n’a encore vu le jour, malgré de bonnes idées sur le papier.

Les auteurs de la pétition ne se privent pas de le rappeler. « Au bout de 6 mois, aucun service n’est disponible et il ne le sera pas avant des mois. Pourtant, les technologies et les PME françaises du Cloud sont nombreuses et concurrentielles. Elles auraient permis, si elles avaient été utilisées, de fournir un service depuis plusieurs mois. Elles étaient déjà opérationnelles, pour certaines depuis des années».

A l’heure où j’écris ces lignes, 70 personnes avaient signé la pétition.