Puces : Broadcom offre 130 milliards de dollars pour s’emparer de Qualcomm

Du jamais vu. La plus grosse opération d’acquisition dans les puces et même dans le secteur technologique, est en train de se préparer. Ce lundi, le géant des semi-conducteurs Broadcom annonce sa volonté de s’emparer de son concurrent et compatriote Qualcomm pour la bagatelle de 130 milliards de dollars (dette incluse). 

 

Broadcom propose 70 dollars par titre, payables en actions  et en numéraire, soit une prime de 27,6% sur le cours de clôture de Qualcomm. Les actionnaires de Qualcomm recevront 60 dollars en numéraire et 10 dollars par action Broadcom. Hors dette, l’opération s’élève à 103 milliards de dollars.  Et les enchères pourraient encore monter : « De notre point de vue, 70 dollars par action ne seront pas suffisants », écrit dans une note Romit Shah, analyste chez Nomura Instinet. 

« Nous sommes prêts à engager immédiatement des discussions avec Qualcomm pour signer un accord définitif et terminer rapidement cette transaction », a indiqué Thomas Krause, le directeur financier de Broadcom, cité par le communiqué. 

Rappelons que Broadcom est actuellement en pleine fièvre de croissance, il attend le feu vert des autorités pour boucler le rachat de l’équipementier réseau Brocade Communications Systems pour un montant de 5,5 milliards de dollars. De son côté Qualcomm est lui aussi en attente du feu vert des autorités en charge de la concurrence pour l’acquisition de NXP Semiconductors pour un montant qui avoisine les 38 milliards de dollars. Broadcom a précisé que son offre de rachat de Qualcomm était  indépendante de l’acquisition de NXP, que celle-ci arrive à son  terme ou non. 

Sur le papier, l’opération peut faire saliver puisqu’il s’agirait de créer un géant aux actifs complémentaires qui régnerait sur le marché des puces de communication et processeurs pour terminaux mobiles et l’Internet des objets et qui déstabiliserait à coup sûr Intel, le leader du secteur mais absent de la mobilité. Les deux groupes représentaient un chiffre d’affaires combiné de 51 milliards de dollars en 2017, et un excédent brut d’exploitation (Ebitda) de 23 milliards de dollars, selon le communiqué de Broadcom. Rappelons que Qualcomm est particulièrement bien positionné dans les smartphones avec sa gamme Snapdragon (processeurs) et ses puces modem 4G présents dans la plupart des références du marché.

Pour autant, le fondeur fait aujourd’hui face à de multiples difficultés. Il y a bien sûr son lourd contentieux avec Apple qui dure depuis des mois mais aussi les multiples condamnations subies pour abus de position dominante : 773 millions de dollars à Taiwan après 850 millions de dollars en Corée du Sud.

En Europe, Qualcomm s’expose à 669.000 dollars de dommages et intérêt par jour après avoir perdu un appel de juillet. Et aux États-Unis, l’entreprise a échoué à obtenir de la justice qu’elle annule une procédure antitrust ouverte par la FTC. Le fondeur a par ailleurs écopé d’une amende de près d’un milliard de dollars en Chine, en 2015. A noter enfin que dans le cadre d’un arbitrage, Qualcomm doit rembourser plus de 800 millions de dollars à BlackBerry. Ce montant correspond à un trop-perçu de redevances de licences. 

Par ailleurs, la domination de Qualcomm dans les SoC pour smartphones commence à battre de l’aile à mesure que les fabricants les plus populaires développent leurs propres composants. Apple songe ainsi à ne plus utiliser les puces modem du fondeur tandis que le numéro 3 mondial, le chinois Huawei, privilégie désormais ses propres processeurs. La part de marché de Qualcomm baisse ainsi depuis quelques années et ses actionnaires le poussent à accentuer sa diversification notamment dans l’automobile, l’IoT ou l’intelligence artificielle.

Un rachat par Broadcom dont les activités sont complémentaires pourrait ainsi accélérer cette transformation.

ZDNet