Marie Ekeland démissionne du CNNum, suivie par la plupart des membres

Les relations entre le CNNum et le gouvernement étaient particulièrement tendues ces derniers jours : suite à la nomination au sein du conseil de la militante Rokhaya Diallo et du rappeur Axiom, certains membres du gouvernement et de l’opposition avaient critiqué l’initiative de la nouvelle présidente Marie Ekeland qui souhaitait ouvrir le CNNum à des personnalités portant une voix divergente. Un peu trop divergent pour le goût du gouvernement qui lui a demandé de revoir sa copie la semaine dernière et de proposer une nouvelle composition du CNNum, en écartant l’activiste Rokhaya Diallo.

 

Mais dans un communiqué, Marie Ekeland a annoncé ce matin qu’elle n’était pas parvenue à trouver un accord avec le gouvernement sur la nouvelle composition du Conseil et qu’elle présentait donc sa démission. Dans son texte publié sur le site du CNNum, la présidente explique que la crise que vient de traverser le CNNum lui a fait prendre conscience de la nécessité de préserver des espaces d’échanges et de discussion tels que le CNNum, mais aussi du fait que « la forme actuelle de nomination et de fonctionnement du CNNum portent à confusion et ne peuvent pas garantir son indépendance. » 

Elle y fait part de sa déception à l’égard du climat politique actuel, qui refuse de laisser une place à des voix divergentes au sein d’institutions telles que le CNNum. « [Ce projet] a été violemment accueilli par certains, qui y voyait une position là où il n’y avait que l’ouverture d’un dialogue dans un cadre de réflexion bénévole, orienté vers l’intérêt général » explique Marie Ekeland dans son communiqué, regrettant l’impossibilité d’ouvrir un dialogue.

Elle explique avoir été « choquée par les caricatures auxquels Rokhaya Diallo et Axiom ont été réduits » durant la polémique, et préfère donc démissionner. La présidente ne voit pas « comment continuer à le porter en maintenant son essence et de bonnes chances de réussite. » Le projet annoncé par la présidente lors de la révélation de la nouvelle composition du conseil était en effet placé sous le signe de l’ouverture à des personnalités qui ne soient pas des experts du numérique, afin de pouvoir s’attaquer à des problématiques plus larges.

Mise à jour à 15h :

Interrogé par le Figaro, le secrétaire d’état chargé du numérique Mounir Mahjoubi a réagi à cette démission et assume parfaitement la position du gouvernement face aux polemiques : « Il ne s’agit pas d’une association, d’un parti politique ou d’un lobby. Le CNNum doit être proche du gouvernement pour nous orienter, et le
gouvernement lui fait confiance sur ces sujets. Ce n’est pas une force
d’opposition, même si conseiller peut signifier dire quand ça ne va pas. C’est cet équilibre subtil qui a été cassé » déclare le secrétaire d’état. L’ex-dirigeant du CNNum promet qu’une nouvelle composition sera proposée en début d’année 2018, mais celle ci ne devrait pas procéder de la logique d’ouverture voulue par Marie Ekeland. Mounir Mahjoubi précise ainsi que la nouvelle composition sera constituée « d’experts du numérique ».

Mise à jour à 16h :

Sans grande surprise, une vingtaine de membres du Conseil annonce sa démission collective :


Le coup porté au CNNum n’est pas une mince affaire : celui-ci devait profiter de cette nouvelle composition pour se sortir
de plusieurs mois de fonctionnement ralenti suite au départ de son précédent président, Mounir Mahjoubi, parti rejoindre l’équipe de campagne d’Emmanuel Macron. Il était également à la tête de l’institution lorsque celle ci s’est élevée contre la mise en place du fichier TES. 

ZDNet