Mais pourquoi donc des gens continuent-ils de donner de l’argent à Magic Leap ?

Magic Leap, une entreprise de réalité augmentée qui n’a jamais livré ou même montré un produit, vient d’obtenir un nouvel investissement de 502 millions de dollars. Un nouveau financement qui s’ajoute à l’argent déjà levé sur des tours précédent, soit près de 1,4 milliard de dollars. Cette nouvelle levée de fond est dirigée par la holding de Singapour Temasek, et inclue Google, Alibaba et J.P. Morgan Investment Management comme bailleurs.

 

Le site web, sympa, mais désespérément vide, de Magic Leap.

Elle rajoute également au mystère qui entoure cette société qui est sur le point de dévoiler une paire de lunettes de réalité augmentée compacte… depuis au moins 2015. Historiquement, des investisseurs se sont déjà montrés plus que disposés à gaspiller de l’argent avec des start-ups comme Theranos et Juicero. Mais Magic Leap semble toujours être une entreprise potentiellement viable bien que ses promesses semblent ne jamais pouvoir être réalisées.

Le prototype de Magic Leap est censé produire des objets virtuels incroyablement réalistes. La société est également en train de mettre en place un département médias, doté de talents créatifs comme l’auteur Neal Stephenson et le développeur de jeux Graeme Devine, en partenariat avec des studios comme Weta Workshop et ILMxLAB.

Difficile de voir les progrès de la société

Mais il semble peu probable que Magic Leap commercialise prochainement des lunettes de réalité augmentée à destination du grand public. Alors que les casques de réalité augmentée sont déjà présents et utilisés dans les usines, les hôpitaux et autres lieux de travail, aucune entreprise n’a encore réussi à fabriquer des lunettes que les gens porteront avec désinvolture dans la vie quotidienne.

Magic Leap a cependant communiqué sur quelques progrès dans les domaines du cœur de la technologie visuelle, et le contenu de divertissement. La société évite cependant de discuter de nombreuses étapes difficiles à réaliser.

  • Construire des zones d’affichage sans compromettre le large champ de vision
  • Miniaturiser le matériel pour arriver à un poids décent (et on en est encore loin)
  • Concevoir un système de contrôle – boutons physiques, suivi des gestes, reconnaissance vocale, voire combinaison de ces éléments
  • Concevoir une interface utilisateur intuitive
  • Prendre en charge des applications d’AR existantes et populaires, comme Snapchat
  • Implémenter la reconnaissance d’image pour les objets dans le monde physique
  • Assurer la confidentialité et la sécurité pour une quantité massive de données personnelles
  • Convaincre les gens que les lunettes intelligentes ne sont pas effrayantes

Les demandes de dépôt de brevet de Magic Leap évoquent indirectement des éléments de réponse à ces questions, mais elles sont généralement farfelues, parfois terrifiantes, et rarement pratiques.

La cible illusoire du grand public

Facebook, Apple, Google et Microsoft ont tous un intérêt très fort pour les lunettes AR grand public, mais tous ces acteurs minimisent l’idée que cela arrivera bientôt. Tim Cook a déclaré la semaine dernière que « la technologie elle-même n’existe pas » pour réaliser des lunettes AR de qualité. Et les entreprises qui promettent l’impossible ne livrent généralement pas. Surtout les entreprises qui n’ont aucune expérience en matière de matériel, et dont la gestion est désorganisée et antagoniste, comme le prétend un procès en cours. Magic Leap peut avoir la bonne technologie au bout du compte, mais à ce stade, ses concurrents feront probablement de même.

Alors, sérieusement, qu’est-ce qui fait que Magic Leap vaut sa nouvelle évaluation de valorisation de 6 milliards de dollars ? Magic Leap a remporté sa première levée de fonds au sommet de la hype Oculus, environ six mois après que Facebook ait acquis la société de VR pour 2 milliards de dollars. À l’instar d’Oculus, Magic Leap était une entreprise émergente avec un fondateur excentrique et idéaliste, Rony Abovitz, exhibant des images de produit futuriste à couper le souffle.

Contrairement au co-fondateur d’Oculus, Palmer Luckey, Rony Abovitz avait en plus déjà fondé et revendu avec succès la société de matériel médical Mako Surgical. De quoi lui donner quelque crédibilité.

Une technologie plus qu’un produit ?

Magic Leap pourrait encore être un pari solide trois ans plus tard. Il produit un flux régulier de demandes de brevets pour la technologie des lunettes à réalité augmentée, et tout le monde s’accorde à dire que cette technologie reste d’avenir. Et bien que personne ne sache vraiment ce que fait l’équipe de création visuelle, chacune des vidéos publiées par la société attire l’attention.

Mais nous ne savons toujours pas exactement ce que les investisseurs veulent en investissant dans Magic Leap. Google aime jeter de l’argent à des expériences étranges, peut-être stériles – vous souvenez-vous du Projet Ara ? Mais les nouveaux entrants dans ce dernier tour de levée de fonds n’ont pas la même connaissance du secteur de la technologie. Ils pourraient juste être là par opportunisme.

Reste que ce financement régulier ne signifie certainement pas que nous porterons un jour ces lunettes magiques. Les prétendues prouesses graphiques de Magic Leap ne signifient rien si la société ne peut livrer de matériel solide et léger. Et personne ne semble évoquer ses capacités de conception industrielle. La société est sur une vague d’embauche qui pourrait changer cela, mais son travail pourrait au final résulter d’une série de prototypes que d’un produit. En fait personne ne sait ce que fait Magic Leap de tout l’argent récolté, à part des embauches.

Dans dix ans, Apple et Google pourraient vendre des lunettes fabriquées avec des lentilles Magic Leap, comme ils vendent aujourd’hui des téléphones fabriqués avec du Gorilla Glass. Magic Leap Studios pourrait également produire de grandes œuvres de fiction en réalité augmentée. Mettre de l’argent dans cette logique prend alors du sens, comme pour de nombreux investissements technologiques. Et ce ne serait alors en rien un vote de confiance aux communications ampoulées de Magic Leap.

ZDNet