L’exemple de Zume Pizza : quand l’automatisation bénéficie aux travailleurs

De notre correspondant à San Francisco. Figurant sans doute parmi les sujets d’actualité les plus controversés, l’impact de la robotique sur les emplois futurs est souvent présenté de manière binaire. Certains affirment qu’automatisation, robotique et intelligence artificielle créeront davantage d’emplois qu’ils n’en détruiront, d’autres que le perfectionnement croissant des machines nous prépare un futur dystopique, où le travail deviendra une denrée rare réservée aux plus favorisés.

 

Vision qui, poussée à l’extrême, résulte en un monde cauchemardesque, comme celui de la série 3%. Pourtant, au-delà de cette dialectique, créatrice ou destructrice d’emploi, la robotique permet également la création de modèles d’affaires originaux.

Confection et cuisson automatisées avec Bruno, Pepe, Giorgio et Martha

À San Francisco, la start-up Zume Pizza, spécialisée, comme son nom l’indique, dans la confection et la livraison du plat italien le plus célèbre, affirme ainsi mettre les machines au service de ses salariés, mais aussi de l’environnement, des producteurs locaux et des consommateurs. « Nous avons conçu une équipe de robots pour effectuer les tâches répétitives et peu sûres comprises dans la confection des pizzas » explique Julia Collins, cofondatrice de l’entreprise. « Nous avons actuellement quatre robots dans notre équipe. Bruno, qui insère les pizzas dans le four, Pepe et Giorgio, qui appliquent la sauce tomate sur la pâte, et Martha, qui l’étale. Ces robots nous permettent de concevoir des pizzas plus efficacement, proprement et sûrement (plus de coupures ni de brûlures). »

L’automatisation au service de l’efficacité et de la sécurité : jusque là, rien de bien nouveau. Zume Pizza se démarque en revanche par son camion automatisé, qui lui permet de cuire les pizzas pendant la livraison. « Nos camions contiennent chacun 56 fours automatisés et un robot chargé de couper les pizzas. Ainsi, au lieu de reposer dans le camion pendant une heure après avoir été conçue, chaque pizza est partiellement cuite dans notre cuisine. La cuisson est ensuite achevée à bord du camion, dans les minutes précédant la livraison. Cela nous permet d’utiliser des ingrédients frais et nous dispense d’utiliser les produits chimiques, saveurs artificielles et conservateurs traditionnellement employés pour maintenir la pizza en bon état lors de la livraison. »

 

Zume Pizza a également recours à l’apprentissage profond (deep learning, en anglais) pour améliorer encore la fraîcheur des produits, selon Julia Collins. « Les commandes de pizzas sont étonnamment faciles à prédire. Grâce à l’apprentissage machine, nous pouvons prévoir quelles pizzas seront commandées pendant la semaine. Nous pouvons ainsi pré-remplir le véhicule avec les pizzas que nous prévoyons de vendre dans la journée. Nous estimons également le temps de livraison pour déclencher la cuisson de la pizza au bon moment, juste avant la livraison. »

18 dollars de l’heure pour les livreurs

Selon Julia Collins, les économies réalisées par son entreprise grâce à l’automatisation permettent d’utiliser des ingrédients fournis par des producteurs locaux d’une part, et d’offrir des avantages aux salariés d’autre part. Ceux-ci bénéficient ainsi de salaires plus élevés (les livreurs sont par exemple payés 18 dollars l’heure, contre 8 chez Domino’s Pizza) et peuvent se faire rembourser les frais des formations qu’ils suivent en parallèle de leur travail, par exemple pour améliorer leur anglais ou acquérir des compétences en vue d’occuper un poste plus qualifié. Les employés sont également formés pour travailler en collaboration avec des robots.

Si Zume Pizza emploie moins de travailleurs que les start-ups de livraison traditionnelle, elle offre donc en contrepartie des conditions plus favorables à ceux-ci. Une politique qui rappelle celle menée par Henry Ford, qui payait les ouvriers travaillant sur ses lignes d’assemblage deux fois mieux que la concurrence. En revanche, Henri Ford demandait en contrepartie à ses employés de se consacrer à des tâches répétitives et peu stimulantes. Ici, au contraire, ce sont ces tâches-là qui sont confiées aux machines, tandis que les humains se recentrent sur les activités où ils brillent : élaboration et test des recettes, conception des campagnes marketing, service client, achat des matières premières… Vu sous cet angle, le futur paraît déjà bien moins apocalyptique.

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