L’abandon de Linux pour Windows 10 se profile à Munich

 

Le conseil municipal de Munich a décidé d’élaborer un plan pour abandonner LiMux, une distribution Linux créée spécialement pour son usage, et que le maire souhaite abandonner en faveur de Microsoft Windows 10 à la fin de 2020.

Malgré les vives critiques des partis de l’opposition, la coalition gouvernant la ville dispose de suffisamment de voix pour faire aboutir ce projet. Lors d’une séance du conseil municipal le 15 février, la coalition a accepté de produire un projet de plan pour la migration.

Ce document inclura les estimations de coûts de la migration. C’est sur la base de ces éléments qu’un vote final interviendra. Une porte-parole du maire, Petra Leimer Kastan, déclare qu’aucune décision de basculer sur Windows n’a donc encore été ratifiée.

Des employés municipaux insatisfaits, assure le maire

Les observateurs ne se montrent cependant pas très optimistes. »Ils ont reculé un peu à présent parce que beaucoup de gens regardaient, mais d’autre part, ce qu’ils veulent est très clair » commente Matthias Kirschner, président de la Free Software Foundation Europe.

Il y a un peu plus de dix ans, Munich a basculé de Windows vers LiMux sur un parc de 15.000 ordinateurs, pour un coût évalué à plus de 30 millions d’euros. Aujourd’hui, la plupart des ordinateurs des autorités locales exécutent LiMux, même si certains continuent d’utiliser Windows pour des applications spécifiques.

Mais d’après l’actuelle équipe municipale, les membres du personnel sont insatisfaits de la solution logicielle et la ville devrait homogénéiser son parc autour d’un système d’exploitation unique : Windows.

« Les employés ne sont pas satisfaits de notre informatique » a déclaré le maire Dieter Reiter lors d’une réunion du conseil mercredi matin, citant un rapport qu’il avait commandé à Accenture. « Plus de la moitié ne sont pas heureux. »

Le rapport d’Accenture, qui comprenait un sondage auprès du personnel du conseil de Munich, ne pointe pas LiMux comme le principal coupable de l’insatisfaction des employés.

Lors du conseil municipal, le conseiller des Verts, Florian Roth, a souligné que c’était la structure organisationnelle de l’IT des autorités locales qui était à blâmer. « 68,6% ont déclaré qu’ils étaient complètement satisfaits du logiciel » a soutenu Roth.

L’organisation de l’IT d’abord à blâmer

Peter Ganten, membre du conseil d’administration de l’Open Source Business Alliance, a déclaré à ZDNet que les problèmes organisationnels remontent à 2003, lorsque Munich a pris la décision de passer à Linux. Parallèlement à cette migration, le conseil a également tenté de centraliser sa structure de support informatique, en se débarrassant d’un système où chaque département possédait sa propre équipe informatique.

« Cette centralisation n’a pas été faite de façon simple, mais d’une manière très compliquée » poursuit Ganten. « Ils n’ont pas mis en place un seul bureau de services informatiques centralisé, mais trois, avec des tâches différentes. D’après ce que nous avons entendu, il était parfois très compliqué de prendre des décisions et de faire avancer les choses. »

Se défaire de Linux n’est pas la seule idée clé dans la stratégie informatique du conseil actuel. Comme décidé mercredi, la coalition veut également mettre en place une unité informatique « simplifiée », fonctionnant idéalement comme une entreprise appartenant à la ville. Chaque unité municipale aura son propre petit département informatique qui se concentrera sur ses besoins particuliers.

Beaucoup supposent que la grande migration vers Windows est une décision déjà actée. Roth a tweeté après la réunion que le CSU et le SPD avaient pris leur décision finale. Cependant, les coûts restent à déterminer.

Un abandon de Linux plus ou moins acté

Golem.de a rapporté mardi que, selon une partie non publique de l’étude d’Accenture, la migration coûterait 6 millions d’euros plus un million d’euros par an pour les seuls frais de licence. Ce chiffre ne tient pas compte de la formation, du nouveau matériel et d’autres coûts associés à une migration qui pourrait s’échelonner sur des années.

« Nous savons que tous ces projets s’avèrent beaucoup plus onéreux qu’on ne le pense au départ. Je pense qu’il faudra encore des années pour revenir en arrière, ce qui est un effort inutile » déclare Ganten.

« Il y a en théorie une petite chance pour que découvrant les coûts impliqués, ils reviennent sur ce choix, mais je ne suis pas très optimiste. »

Les coûts ne sont pas la seule préoccupation du passage à Windows. « C’est vraiment une mauvaise journée pour la protection des données de la capitale de l’État » a critiqué Thomas Ranft, un conseiller du Parti Pirate, lors du conseil municipal. Toutefois, le membre du SPD, Alexander Reissl, a nié l’existence de problèmes de sécurité, soulignant que Windows est le « standard du marché ».