Il y a 10 ans, Google lançait Android

Le succès d’Android n’est plus à démontrer avec une part de marché moyenne supérieure à 80% dans le monde et même à 90% dans certains pays. Et pourtant, au départ, beaucoup affichaient leur scepticisme car au moment de son lancement, il y a presque 10 ans jour pour jour, les géants du secteur comme Symbian (Nokia) ou PalmOS semblaient indéboulonnables.

 

Petit saut dans le passé. Le 5 novembre 2007, le géant américain affichait ses ambitions dans la mobilité avec Android et l’Open Handset Alliance, à savoir une plate-forme de développement ouverte, des accords avec fabricants et (certains) opérateurs. 

Les rumeurs de l’époque évoquaient le lancement d’un Gphone, mais en ce 5 novembre, c’est bien l’ébauche d’un OS mobile que Google présentait avec un nom rendant hommage à Philip K. Dick et son chef d’oeuvre « les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ». Android, c’était donc un OS mais aussi des APIs et des outils de développement,. Et un objectif clair, détrôner les systèmes d’exploitation concurrents.

L’idée (simple et lumineuse) était de permettre aux fabricants de mobiles (on ne parlait pas encore de smartphones) d’intégrer facilement les services stars de Google que sont Search, GMail, Calendar, Picasa, Blogger, Maps ou encore YouTube. « Nous sommes convaincus que les téléphones portables sont la clé d’un accès pour tous à l’information ; c’est pourquoi nous nous sommes engagés à rendre disponibles un maximum de nos services sur les mobiles »,expliquait le groupe dans un communiqué. Le deuxième objectif était donc de s’imposer dans l’Internet mobile. Dix ans plus tard, on peut sans se tromper dire que ces objectifs ont été atteints.

Google avançait à l’époque d’autres arguments de choix qui eux aussi ont fait leurs preuves. Constructeurs et opérateurs étaient libres de personnaliser Android pour rendre disponibles des produits innovants plus rapidement et pour un coût moindre. « Les développeurs auront accès à l’intégralité des fonctionnalités et des outils qui leur permettront de créer des applications plus attrayantes et conviviales pour le grand public, apportant ainsi le modèle de développement internet au secteur du mobile ». 

Comme Yahoo, Google avait dans un premier temps signé des accords avec des fabricants de mobiles pour y intégrer ses services. Mais visiblement, ce n’était pas la bonne solution.« Lors de la création de nos services mobiles, nous avons dû faire face aux difficultés et aux frustrations habituelles du développement d’applications mobiles, à savoir, la fragmentation des standards technologiques dans l’industrie mobile. Cet inconvénient résulte directement du développement rapide de ce secteur depuis vingt ans ; cette situation a conduit les fabricants de téléphones portables à développer individuellement des logiciels propriétaires. Pour les consommateurs, cela signifie que les portables reviennent plus chers et que leurs applications sont à la fois moins nombreuses et moins innovante », soulignait Mountain View en 2007.

D’où l’idée de cette plate-forme ouverte contenant nativement les services Google, que le groupe entendait proposer aux fabricants et aux opérateurs. « Android fournit tous les logiciels nécessaires à un fabricant ou à un opérateur de téléphonie mobile sur une plateforme compatible avec toutes les normes industrielles existantes ». Il s’agissait également de permettre aux industriels de développer plus rapidement des applications mobiles. Et de réduire les coûts. Android était (et est encore) disponible en tant que logiciel libre via la licence Apache version 2.

Restait à convaincre opérateurs et fabricants de combinés de proposer cette plate-forme. Et dans cette partie de poker à plusieurs milliards de dollars, Google avait déjà du jeu. Le groupe annonçait en effet dans le même temps la création de l’Open Handset Alliance, une association qui regroupait de grands noms du secteur, des grands noms prêts à exploiter Android. L’alliance regroupait alors 34 sociétés dont T-Mobile, Telefonica, Telecom Italia, NTT, Sprint Nextel, China Mobile, HTC, Qualcomm, Motorola, Samsung, LG, Intel.

« Notre participation à l’Open Handset Alliance et l’intégration de la plate-forme Android au second semestre 2008 nous permet d’étendre notre offre. Nous sommes ainsi en mesure de proposer une nouvelle catégorie de portables qui vont changer le paysage de la téléphonie mobile et relancer l’intérêt des utilisateurs », expliquait ainsi Peter Chou, directeur général de HTC.

On l’a dit, l’offensive a d’abord laissé froid. « Nous ne voyons pas l’Open Handset Alliance comme une menace » lançait l’archi-leader du marché Nokia. « Dans un premier temps, Android ne concernera qu’une petite partie du marché », pensait Forrester. Même Google y allait avec prudence : « nous reconnaissons que de nombreux utilisateurs de mobiles ne posséderont pas de terminaux compatibles avec notre plateforme mobile. Pour cette raison, Android sera un complément de notre stratégie actuelle mais non un remplaçant »…

Et pourtant, le raz de marée a été bien plus rapide et violent que prévu. Après avoir corrigé les défauts de jeunesse des toutes premières versions et à mesure que les terminaux montaient en puissance, notamment chez Samsung qui fera office de locomotive, Android a avalé goulûment les parts de marché. En 2010, Android devenait déjà le premier OS mobile du marché avec une part de 23% et se hissait à 70% en 2012 et 79% en 2013… Cette année, l’OS de Google pèserait 85,2% des smartphones écoulés dans le monde. 

ZDNet