ERP : la question des accès indirects est bien loin d’être réglée

Cette année encore l’ERP est le gros morceau du salon Solutions qui se tient du 26 au 28 Septembre à Paris. Oui, on parle aussi de CRM, de Big Data ou encore de dématérialisation. Mais l’Enterprise Ressource Planning occupe encore une place centrale dans les briques informatiques de l’entreprise. IDC assure que le marché de l’ERP s’arroge encore 25% des dépenses en matière de logiciels dans l’Hexagone. Avec une croissance moyenne de 3,5% par an, il devrait peser 3,54 milliards d’euros en 2020. une manne pour les éditeurs et les intégrateurs de ces solutions riches et complexes. Surtout qu’il y a plus d’un moyen de faire payer le client.

 

« Le business model de SAP tourne sur vente de licence, la maintenance et les audits de licence » dit à ce propos Patrick Geai, vice président de l’USF, l’association des Utilisateurs SAP Francophones, lors d’un Avis d’Expert organisé sur le salon. « C’est un outil pour faire du business ». Des audits logiciels qui sont employés comme menace et moyen de pression par les éditeurs dans les négociations contractuelles. Mais qui sont aussi réalisés de manière effective pour traquer les utilisateurs indélicats, parfois à l’insu de leur plein gré.

« Les droits d’usage de licences sont remis en question par des rachats, des tests,… » explique Patrick Geai. « Donc il faut reconnaître que les entreprises ne sont souvent pas tout à fait dans le respect de la légalité ». Reste que ces audits sont aussi l’occasion pour les éditeurs de traquer ce qu’ils considèrent comme un service facturable discuté par les clients : les accès indirects.

Flou juridique

« Il y a un flou juridique sur l’utilisation des données » explique Patrick Geai. « SAP considère par accès indirect la capacité à utiliser des données en mode lecture qui se trouvent dans l’ERP par un système tiers. SAP considère alors que ce sont des utilisateurs via des accès indirects, et qu’ils doivent être comptabilisés dans les calculs de licence ».

Et l’affaire SAP / Diageo (condamnation à 64 millions d’euros en première instance en Grande Bretagne d’un client de SAP) a rendu le climat tout à fait nerveux cette année sur la question des audits. « Les deux tiers des utilisateurs assurent être près à changer d’éditeur comme SAP et Oracle » explique Alexandre Diehl, avocat qui travaille sur les litiges entre ces éditeurs et ses clients (lire Le Cigref déplore le silence d’Oracle sur les calculs de licence . « Ils sont satisfaits des processus mais sont mécontents des aspects commerciaux ». Surtout qu’en cas de conflit grave, « la loi ne dit rien » assure l’avocat. « C’est le contrat qui compte ».

« La particularité des licences d’ERP c’est quelles sont régies par le contrat » poursuit t-il. « Il régit toute la relation, de la sortie au périmètre. Nous, latin, nous voyons le contrat comme un support. Pour eux (ndlr. les éditeurs anglo saxons ou de culture anglo saxonne), ce sont les droits et obligations des parties prenantes ».

« Des méthodes commerciales violentes »

Et d’évoquer son expérience dans la relation que ses clients ont avec les éditeurs sur la question des accès indirects. « En général, il y a une ou deux réunions et des menaces d’audit. Ensuite, ca va chez le juridique et la vraie négociation commence. Là, les éditeurs, dont deux jurisprudences dénoncent « des méthodes commerciales violentes », font pression sur les clients pour obtenir des avenants qui se comptent en dizaines de millions d’euros supplémentaires au contrat initial.

Son conseil pour éviter de se retrouver dans l’ornière ? « C’est en amont que l’on négocie le contrat, ce n’est pas quand on a une facture de 20 millions sur la table parce que l’on a mis deux serveurs avec des licences SAP au fin fond d’un datacenter ».

Autre conseil, jouer au plus malin. « SAP a un outil dans son ERP qui s’appelle LAW (License Administration Workbench. Cet outil compte les utilisateurs mais il ne compte pas les accès indirects. Donc SAP demande les plans de l’architecture du SI de se clients pour comptabiliser les accès indirect. Il ne faut pas le fournir si ce n’est pas dans le contrat » précise Patrick Geai.

L’arrivée du paiement à l’usage, la solution ?

Mais tout ceci pourrait changer. La guerre de tranchée clients/éditeurs sur la question du licensing pourrait en effet être remise en cause par l’arrivée du cloud computing et du paiement à l’usage. SAP comme Oracle communiquent régulièrement depuis deux ans sur leurs offres de cloud. « Même si cela peut être intéressant pour les nouveaux clients, ce n’est pas du tout intéressant pour les clients historiques. Cela ne résout pas le problème de l’existant » dit Patrick Geai. Et l’état du marché français semble lui donner raison.

18 % des ERP utilisés aujourd’hui datent encore d’avant l’an 2000 et un bon tiers (36 %) d’avant 2009. Autrement dit, 54 % du parc est âgé de plus de huit ans et jusqu’à beaucoup plus. Surtout, ces chiffres sont en cohérence avec ceux des années précédentes, ce qui tend à montrer que la situation évolue peu et que le parc logiciel reste âgé. Conséquence, en terme d’hébergement, comme l’an passé, le cloud gagne un petit 2 %, portant le ratio des systèmes externalisés en mode cloud/SaaS ou en hébergement dédié à 17 % (contre 15 % l’an passé et 12 % en 2015). Il s’agit donc d’une progression lente mais constante.

Par ailleurs, l’arrivée du cloud dans le monde feutré des ERP pourrait n’avoir que peu d’incidence sur les turpitudes des licences d’usage. « Avec l’arrivée de l’Internet des Objets les éditeurs vont revenir vers les clients pour faire des avenants de contrat. Il faudra donc se méfier » dit Alexandre Diehl.

ZDNet