Bitcoin : un patch non sans heurts

Si Ethereum a connu un mois de juillet un peu compliqué, Bitcoin a commencé son mois d’août dans un état d’agitation tout aussi comparable. Bien évidemment, un simple coup d’œil sur le cours de la cryptomonnaie permet de comprendre que celle-ci est loin d’en finir avec sa courbe ascendante, le bitcoin s’échangeant aujourd’hui à 3410 dollars l’unité, un record depuis son lancement en 2009 par son énigmatique créateur Satoshi Nakamoto.

 

Le bitcoin est une cryptomonnaie fonctionnant sur un principe décentralisé, dont les grands principes et l’implémentation ont été définis par son créateur en 2009. Une architecture décentralisée qui s’appuie sur la blockchain, équivalent numérique d’un livre de compte décentralisé dont le rôle est de garder la trace et de certifier la validité des transactions ayant lieu en bitcoin. Une révolution, qui a donné naissance à un nombre croissant de cryptomonnaies s’appuyant sur les principes posés par le bitcoin. Mais le bitcoin n’était pourtant pas exempt de défaut et dans la communauté, de nombreuses voix appelaient à une évolution du code employé par les acteurs du réseau.

Le bitcoin victime de son succès

Le principal problème auquel fait face le bitcoin est directement lié à sa pérennité sur le long terme. Le bitcoin fonctionne sur le principe du minage : des calculs qui permettent de valider les transactions inscrites sur la blockchain en obtenant un consensus parmi les mineurs. Les personnes dévouant de la puissance de calcul à cette tâche se voyaient rémunérer en obtenant des nouveaux bitcoins (c’est ce que l’on désigne par le fait de miner du bitcoin), mais le programme prévoit un nombre fixe de bitcoin (21 millions d’unités environ) qui va en s’amenuisant. De plus, l’augmentation des transactions nécessite une puissance de calcul toujours plus grande afin de valider les nouveaux blocs ajoutés à la blockchain, ce qui pose à moyen terme des problèmes de congestion.

Pour résumer, la blockchain prévoyait l’ajout d’un nouveau « bloc » toutes les dix minutes environ. Chaque bloc peut contenir un maximum de 1000 ko de données contenant les informations sur les transactions validées. Mais l’explosion des transactions sur la blockchain a rendu ce système plus lent et plus coûteux à tenir. Les émetteurs de ces transactions peuvent en effet payer un supplément à destination des « mineurs » afin d’obtenir la priorité pour inscrire la transaction dans la blockchain. Mais cette méthode relègue mécaniquement un certain nombre important de transactions au prochain bloc et crée un phénomène de congestion de la blockchain qui ne pouvait aller qu’en s’aggravant au fil des années à venir.

Un patch délicat à négocier

 

Pour parer ce problème, des propositions de correctifs ont donc été avancées par différents acteurs de la communauté. La méthode retenue par la majorité des mineurs se nomme Segwit, l’abréviation de l’expression « Segregated Witness ». La proposition SegWit a été retenue par les mineurs probablement à cause de son approche très conservatrice. Plutôt que d’augmenter la taille des blocs, ce qui pouvait ouvrir la voie à des problèmes notamment en matière de sécurité de la blockchain, SegWit se propose d’alléger les blocs en retirant de ceux-ci les informations concernant les adresses des émetteurs et destinataires. Ces signatures, qui représentent une part importante du poids total de la transaction, n’ont d’utilité qu’au moment de la vérification de cette transaction. L’idée des défenseurs de Segwit, qui comptent notamment parmi eux les développeurs du projet Bitcoin Core, est donc d’alléger les blocs en réservant ces informations relatives aux signatures à un transfert en dehors de la blockchain.

Une astuce qui permet de conserver des blocs de la même taille, tout en leur permettant d’embarquer 1,6 à 1,8 fois plus de transactions et donc de fluidifier le processus de vérification des paiements.

On ne patche néanmoins pas le bitcoin comme on patcherait un logiciel traditionnel. La nature décentralisée du réseau fait que les mineurs doivent approuver les modifications et « voter » en activant le protocole sur leur machine. Un vote qui a eu lieu à plusieurs reprises, mais qui a enfin été passé au début du mois d’août, avec une immense majorité des mineurs ayant approuvé le plan proposé par les développeurs de Bitcoin Core et accepté de faire fonctionner la nouvelle version du code incorporant Segwit.

Sécessions autour de Segwit

Mais si la majorité des mineurs a suivi, ce n’est pas le cas de la totalité d’entre eux. En effet, un groupe représentant plusieurs acteurs de l’écosystème bitcoin a décidé de son côté de faire sécession et de proposer une autre alternative afin de résoudre le problème des lenteurs de la blockchain.

 

Cette nouvelle initiative, baptisée Bitcoin Cash, s’oriente donc vers une blockchain séparée du bitcoin traditionnel, mais conserve dans son historique l’ensemble des transactions échangées sur la blockchain « commune » avant l’application du correctif segwit.

Adoptée par plusieurs acteurs, la solution bitcoin cash table de son côté sur des blocs plus grands (8mb par bloc) afin d’assurer la pérennité du système sur le long terme. En effet, avec des blocs de cette taille, les partisans du bitcoin cash espèrent résoudre sur le long terme les problèmes de congestion des blocs, tandis que les adeptes de Segwit risquent de s’exposer à de nouvelles modifications dans les années à venir si le volume des transactions bitcoin continue de grandir, tandis que le nombre de mineurs va décroissant.

Le bitcoin maintient le cap

Bitcoin Cash entend donc jouer la carte de la rupture et si cette nouvelle monnaie partage bien l’historique des transactions de la blockchain bitcoin, elle ne semble pas en mesure de rivaliser avec le bitcoin original. Créé au début du mois d’août, le Bitcoin Cash s’échange pour l’instant pour 349 dollars sur les places d’échange, tandis que le bitcoin est récemment parti à la hausse et se négocie aujourd’hui à 3436 dollars l’unité. Le Bitcoin Cash risque donc d’avoir du mal à convaincre, la majorité des utilisateurs ayant opté pour la stratégie proposée par les développeurs de Bitcoin Core.

 

La courbe d’échange du bitcoin cash s’est rapidement effondrée (ici le prix d’échange du bitcoin cash par rapport au bitcoin)

L’activation de Segregated Witness sur le protocole Bitcoin devrait être complètement finalisée au 22 août. Bitcoin Cash entend de son côté continuer sur son chemin, malgré l’intérêt limité de la communauté pour cette nouvelle alternative. Son statut un peu particulier, issu de la blockchain bitcoin, lui donne un avantage certain sur les hordes de nouvelles cryptomonnaies qui se créent régulièrement. Dès sa création, Bitcoin Cash pouvait ainsi prétendre légitimement à la troisième place en termes de valeur, derrière Ethereum. Dans ces conditions, autant poursuivre l’expérience, tout en s’attendant à ce que le soufflé retombe à un moment ou l’autre.