Banque et automatisation : « même les maîtres du monde sont menacés »

L’automatisation informatique progresse chez Goldman Sachs, et « même les maîtres de l’univers sont menacés » assure le site web du MIT. L’article évoque la mise en place de logiciels qui changent la manière dont fonctionne la finance et ses acteurs les plus puissants. Surtout, il semble que cette transformation remembre totalement l’écosystème : les profits sont désormais captés dans leur écrasante majorité par les hauts dirigeants de l’entreprise : les algorithmes ne réclament jamais leur dû.

 

En 2000 le bureau de négociation des actions au siège de Goldman Sachs à New York employait 600 traders. Des salariés dont la tâche consistait à acheter et vendre ces actions sur ordres des grands clients de la banque d’investissement. Aujourd’hui, ils ne sont plus que deux. Ce sont des programmes informatiques de négociation qui automatisent le reste du travail. Avec le support de 200 informaticiens.

La banque d’investissement en passe d’être transformée

Preuve de cette prise en main de l’informatique dans le monde de la finance, c’est Marty Chavez, ancien DSI de la banque, qui va devenir directeur financier adjoint de l’entreprise en avril, qui relatait récemment ce profond changement lors d’un symposium organisé par l’université de Harvard.

La révolution du trading haute fréquence (lire : Trading haute fréquence : un an après l’amende Euronext, l’IA permet toujours des pratiques douteuses) date d’il y a quelques années, mais ce nouveau mouvement est une preuve supplémentaire (s’il en fallait) du bouleversement que la transformation digitale propose chez Goldman Sachs comme chez ses confrères de Wall Street.

Marty Chavez affirme que ce ne sont plus seulement le marché des devises ou des actions qui sont touchés par l’automatisation. Les métiers de la banque d’investissement empruntent un chemin identique. “Tout ce que nous faisons est assisté par les mathématiques et énormément de logiciels” assure t-il. Et ce ne sont plus les petites mains qui sont menacées par les machines : les haut salaires devraient faire prochainement leur valise face à la vague numérique.

Imiter aussi fidèlement que possible ce qu’un trader ferait

Le cabinet Coalition affirme que la rémunération moyenne du personnel sur des postes de vente, de trading et de recherche des 12 plus grandes banques d’investissement mondiales (Goldman Sachs étant de cette catégorie la banque numéro 1), est de 500 000 dollars, salaire et bonus compris. Mais ce chiffre est trompeur. 75% de l’ensemble de la rémunération des employés de Wall Street est captée par les très haut salaires affirme Amrit Shahani, responsable de la recherche chez Coalition (lire : Transformation numérique – D’abord une histoire d’argent pour la banque ?).

Pour ces profils haut de gamme, les revenus continuent de croître années après années, reflétant selon Tom Davenport, professeur au Babson Collegen, la conséquence de l’automatisation. « Le salaire du directeur général de Goldman sera probablement encore plus important (ndlr. dans la période à venir), car il y a moins de personnel de niveau inférieur avec qui il doit partager les profits » explique t-il.

Des algorithmes de trading complexes, parfois équipés de capacités de machine learning, ont remplacé en premier lieu les métiers où le prix de ce qui est vendu est facile à déterminer sur le marché. C’est le cas des actions que négociaient les 600 traders de Goldman Sachs. Désormais, de nouvelles activités de trading telles que les devises et les contrats à termes (les futures), qui ne sont pas négociés en bourse et dont les prix fluctuent, entrent dans des projets d’automatisation. Pour placer les ordres, les algorithmes sont conçus pour imiter aussi fidèlement que possible ce qu’un trader ferait, explique Amrit Shahani.

Quatre traders pour un ingénieur informatique

Goldman Sachs a d’ailleurs déjà commencé à automatiser le trading de devises. Sans compter que les technologies blockchain et big data s’immiscent aussi dans le monde de la banque (lire : Blockchain et finance : après les craintes, les premiers pas de danse et Quels sont les exemples de projets de Big Data réussis dans la banque et l’assurance ?) Dans ce cadre, la banque a acquis la certitude que quatre traders peuvent être remplacés par un ingénieur informatique. Environ 9.000 personnes, soit environ un tiers du personnel de Goldman Sachs, sont désormais des ingénieurs en informatique.

Viendra ensuite, selon Marty Chavez, l’automatisation du travail réalisé dans les banques d’investissement, un travail traditionnellement basé sur les compétences des employés en matière de vente et de suivi de la relation client. Pour l’heure, ce terrain reste le royaume des ‘rainmakers’, ces super vendeurs capables de dénicher de nouveaux clients fortunés capables de faire croître l’activité de la banque d’investissement. L’ex-DSI affirme cependant que si ces très haut profils « ne seront pas entièrement remplacés », la banque prend les devants : Goldman Sachs a recensé 146 étapes distinctes de leur métier, dont beaucoup « peuvent être automatisées ».

Réduire le nombre de banquiers dans les banques d’investissement serait de fait une économie importante pour l’entreprise. Ces banquiers travaillent sur les fusions et les acquisitions d’entreprises, moyennant une rémunération annuelle moyenne de 700.000 dollars selon Coalition. Et dans une bonne année, ils peuvent gagner beaucoup plus.

Marcus, 12 mois, et l’esprit startup

Enfin, autre exemple de l’ampleur du travail d’automatisation, la nouvelle plate-forme numérisée de prêts à la consommation de Goldman Sachs, nommée Marcus, dont l’objectif est de consolider les soldes des cartes de crédit, est entièrement gérée par des logiciels, sans intervention humaine explique Marty Chavez. Le projet a démarré il y a à peine 12 mois à la manière d’une startup explique t-il, hébergé dans un espace laissé vide par les 600 traders qui ont quitté l’entreprise.

Dans le monde de la banque de détail, là aussi, l’automatisation est à l’oeuvre (lire : Comment les Robo-Advisors vont bousculer le monde de l’épargne et IBM Watson : le Crédit Mutuel teste la solution pour assister ses conseillers).

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