Ataribox : un projet bancal et trop cher ?

On le sait depuis plusieurs mois, Atari revient sur le devant de la scène avec une nouvelle console de salon qui fleure bon le bois et la nostalgie. Disponible en précommande ce jeudi pour un prix spécial via une campagne de crowdfunding Indiegogo, l’Ataribox s’annonce comme le croisement d’une console de jeux rétro et d’un PC de salon. Les détails sont pour l’instant plutôt sommaires, mais nous savons que la console embarquera une variante de Linux et plus de 100 jeux classiques Atari préinstallés.

 

Malheureusement, pour les fans de jeux rétro, la liste complète des titres disponibles n’est pas encore connue. D’autres informations clés font défaut comme la date de livraison de l’Ataribox ou son prix. VentureBeat annonce un tarif compris entre 250 et 300 dollars, ce qui pique déjà les yeux. C’est bien plus que les tarifs des resucées actuelles de consoles des années 80.

Les énièmes nouveaux propriétaires de la société ont fait évoluer le design de sa console tout en conservant des touches de l’historique 2600 – en plus d’une option avec revêtement noir et logo Atari rouge, l’Ataribox est disponible avec le style faux bois de l’originale. Le joystick ressemble également à celui de la 2600, mais avec un look remanié plus 2017 que 1980. Mais en choisissant de construire l’Ataribox comme un mini-PC fonctionnant sous Linux, Atari se donne l’opportunité de s’ouvrir aux nouveaux jeux, contrairement à la plupart des consoles plug-and-play. 

« On dirait de la verroterie jetée à des indigènes en échange de leurs pépites d’or et de leurs joyaux »

 Néanmoins, il s’agit de surfer sur la vague nostalgeek actuelle et de s’offrir un succès à la Nintendo NES/SNES Classic Mini. Mais sans prendre de risques pour la firme derrière la mythique marque. Ce qui pose question sur la pérennité du projet.

Comme l’explique Pierre Lecourt sur son site MiniMachines.net, « on a une marque Atari qui va développer des consoles avec un partenaire AMD et des développeurs Linux et surtout l’argent des participants à son financement sur IndieGogo. Autrement dit, la marque n’investira que le minimum elle même dans le projet. Une fois financées, les consoles seront produites et distribuées par la marque. Si ça marche vraiment bien, elle en produira probablement plus pour les vendre en direct ou à des partenaires distributeurs. Si cela marche moins bien… Il sera toujours temps de sortir une AtariBox II avec un peu plus de jeux que les classiques Asteroids, Centipede, Missile Command et, évidemment, Pong ».

Et de poursuivre : « Atari ne se mouille que le minimum de ses fonds pour produire la console. Elle restera probablement à l’état de prototype et de plans tant que les Indiegogos n’auront pas payé d’avance leur produit. A 250$, elle ne fera, à priori, pas grand chose de plus qu’une Raspberry Pi 3 ou autre carte de développement sous Linux à 30€. Elle aura la possibilité d’installer l’application de votre choix mais quand je lis que les exemples de jeux donnés sont Minecraft et Terraria, je ne m’attends pas à un foudre de guerre d’un point de vue technique. Plutôt à une solution AMD entrée de gamme qui ne permettra finalement pas grand chose de plus que les solutions citées plus haut. Mais surtout, l’implication de la communauté de fans ressemble bien à un échange de bons procédés à l’avantage de la marque. On dirait de la verroterie jetée à des indigènes en échange de leurs pépites d’or et de leurs joyaux ».

« Au pire, les fans vont faire le boulot marketing de la marque et se transformer en VRP. Il vont probablement aussi corriger les bugs de la console. Et, en échange, on leur filera une énième copie d’un Asteroid ou d’un Pong pour jouer sur leur console AtariBox ? Au mieux, ils auront une ristourne sur les 250$ minimum à investir dans un engin qui n’en coûtera pas la moitié techniquement parlant. Et dans un an ? Quand tout l’argent du financement aura été cramé pour la production des Box et les salaires des gens d’Atari ? Qui développera pour la console de nouveaux titres ? J’ai bien peur que cette “liberté” annoncée pour les développeurs soit en gros un synonyme de “débrouillez vous” pour les utilisateurs… »

La conclusion du spécialiste est acerbe : « L’Ataribox est bien jolie. Mais son plan de financement n’impliquant que très peu la marque et le ratio performances / prix annoncé risque de faire raisonner une corde placée loin devant celle de la nostalgie. Celle du bon sens ».

ZDNet