A Windows le desktop, à Linux le monde

 

Après un projet d’une dizaine d’années pour couper les ponts avec Windows au bénéfice Linux, Munich a tout simplement décidé d’un virage spectaculaire. Il est en effet vraisemblable qu’en 2021, le conseil municipal commencera à remplacer les PC exécutant LiMux (sa version personnalisée d’Ubuntu) par Windows 10.

15 ou 20 ans plus tôt était sérieusement débattue la question de savoir quand Linux surpasserait Windows sur le poste de travail. Lorsque Ubuntu a été créé en 2004, par exemple, la distribution ambitionnait spécifiquement de remplacer Windows comme système d’exploitation de bureau standard.

Spoiler : cela ne s’est pas produit

La part de marché de Linux sur le bureau est aujourd’hui d’environ 2% et le système reste considéré par beaucoup comme compliqué et obscur. Pendant ce temps, Windows vogue toujours sereinement avec 90% des PC équipés. Il y a bien quelques ordinateurs de bureau sous Linux dans les entreprises – en particulier pour les développeurs ou les data scientists.

Mais l’utilisation de Linux ne sera jamais généralisée.

Etant une des plus vastes migrations de ce genre, le projet Linux de Munich a suscité un fort intérêt. Peu de grandes organisations ont  basculé de Windows à Linux. On peut citer néanmoins la Gendarmerie française et la ville de Turin. Mais Munich était la tête d’affiche : la perte de cette vitrine constituerait sans aucun doute un coup dur pour les défenseurs de Linux sur desktop.

Mais la réalité est que la plupart des entreprises sont satisfaites de s’orienter vers le système d’exploitation de bureau dominant pour ses avantages liés à l’intégration et à la familiarité des utilisateurs avec son interface.

Ce qui n’est pas clair dans l’affaire de Munich, c’est la part des problèmes signalés par certains membres du personnel attribuée effectivement au logiciel LiMux et à quel point le système d’exploitation est blâmé pour des problèmes ne dépendant pas de lui. Mais quoi que Munich décide de faire, le destin de Linux ne dépendra pas du poste de travail – Linux a perdu la guerre du desktop des années plus tôt.

C’est probablement acceptable compte tenu de la victoire de Linux sur smartphone. Et Linux s’en sort assez bien aussi sur les champs de batailles du Cloud et de l’Internet des objets.

Il y a quatre chances sur cinq qu’il y ait un smartphone sous Linux dans votre poche (Android est basé sur le noyau Linux) et beaucoup d’appareils IoT sont également sous Linux, même si vous ne le remarquez pas nécessairement.

Des terminaux comme le Raspberry Pi, exploitant une vaste gamme de différentes saveurs de Linux, donnent naissance à une communauté enthousiaste de makers et fournissent aux startups un moyen peu coûteux d’alimenter de nouveaux types de périphériques.

La majeure partie du Cloud public tourne sous Linux, sous une forme ou une autre; Même Microsoft s’est rallié à des logiciels open-source. Quel que soit votre point de vue sur une plate-forme logicielle ou autre, disposer d’options riches pour les développeurs et les utilisateurs est bon pour le choix et bon pour l’innovation.

La domination de l’ordinateur de bureau n’est plus ce qu’elle était autrefois : le desktop n’est ainsi qu’une plateforme informatique parmi beaucoup d’autres. En effet, le logiciel sur PC devient de moins en moins pertinent. Les applications deviennent indépendantes de l’appareil et du système d’exploitation, résidant plutôt dans le Cloud.

Les rebondissements de la saga de Munich et les aventures de Linux sur poste de travail sont fascinants, mais ils ne racontent pas l’histoire complète.